L'église Saint Barthélémy et son orgue

Construite à la fin du XIII° siècle, peu après 1285, date de la fondation de Plaisance. L'élégant clocher-mur, avec ses baies découpées en mitre dans le plus pur style toulousain, surmonte un portail plus récent, sans doute du XIV°.

Il a fallu attendre le milieu du XIX siècle pour que les travaux décisifs soient réalisés : consolidation des murs extérieurs et de leurs contreforts, rehaussement de ces murs pour diminuer la pente de la toiture sans toucher à la hauteur de la nef et construction de la voûte de style gothique.

L'église fut bâtie sur les fonds de l'abbaye de Bonnefont, ce qui explique que jusqu'à la révolution les 3/4 des revenus de la paroisse tombaient dans l'escarcelle de son abbé, le reste dans celle du curé de Plaisance. L'entretien de l'église était essentiellement à la charge des Plaisançois, les décimaires, l'abbé et le curé, n'étaient suivant l'usage, redevables que de l'entretien du sanctuaire qui dans l'église Saint Barthélémy n'occupe que la travée la plus proche du chevet. Cela n'a pas été sans poser problème aux consuls plaisançois qui durent souvent emprunter pour faire face aux dépenses. Les nombreux débats, voire les menaces de fermeture brandies par l'archevêque de Toulouse - certaines furent  mises en application - pour décider les paroissiens à mettre la main à la poche, disent les difficultés rencontrées dans l'entretien de l'édifice.

Des artistes de renom

Le décor des voûtes et des deux chapelles, celle de la vierge à droite en rentrant et celle consacrée à Saint-Barthélémy à gauche, est l'oeuvre d'un artiste reconnu, Auguste Bach.  Michel Henry dans son étude sur l'église, dit de ce décor qu'il « est remarquable par le coloris bleu sur lequel se détache une ornementation végétale tout en rinceaux... ». 

Ce fut son frère, Henri Bach, architecte très renommé à l'époque, qui a dessiné le tambour, porte à double entrée, de l'église Saint Barthélémy ainsi que la tribune qui le domine.

Trois tableaux de Jean-Blaise Villemsens, professeur à l'École des Beaux Arts de Toulouse, et un retable néo-gothique en trompe-l'oeil décorent le mur plat du fond de l'église. Des travaux de restauration des peintures ont permis de savoir que le retable était signé : Jean-Pierre Lavilledieu (né à Toulouse le 4 janvier 1842), et daté de 1897. Cette découverte renseigne sur la chronologie de ces réalisations : les tableaux de Jean-Blaise Villemsens sont datés de 1851. D'après les cahiers de son atelier, ils avaient été commandés par Plaisance et leur forme ogivale dans la partie supérieure, sans doute dans un souci d'homogénéité avec la voûte gothique, avait été exigée.

Une datation plus précise grâce aux travaux

Le retable de Jean-Pierre Lavilledieu a donc été dessiné après, pour mettre en valeur les tableaux de Jean-Blaise Villemsens. Derrière ces tableaux, l'enduit, sur lequel le retable a été peint, a été dégagé et laisse apparaître des fresques plus anciennes. Celles-ci datent sûrement du XVIII° siècle, mais sont-elles postérieures à 1757, date à laquelle les murs de l'église avaient été recrépis et blanchis au lait de chaux, ou plus anciennes ? Rien ne permet de le savoir.

Henri Guérin, maître verrier renommé et Plaisançois, a enrichi l'église Saint Barthélémy de beaux vitraux dont les couleurs s'illuminent au soleil.

L'orgue de Plaisance

L’orgue a été construit par Eugène Puget vers 1879. La manufacture d’orgues toulousaine Puget a dominé pendant plus d’un siècle la construction des orgues dans le midi de la France : plus de 350 instruments furent construits jusqu’à sa fermeture en 1960. Elle fut fondée par Théodore Puget père en 1834, et son fils Eugène, excellent harmoniste, conduira la manufacture à son apogée avec les instruments à Toulouse de Notre Dame du Taur et Notre Dame de la Dalbade.

L'orgue de l'église de Plaisance comporte deux claviers manuels de 56 notes et un pédalier de 26. Le clavier inférieur dit «Grand-Orgue» donne accès à huit jeux ayant chacun leur propre sonorité. Le huitième de ces jeux, «Cornet V rangs», est courant dans l’orgue classique mais extrêmement rare dans les orgues de cette époque, ce qui donne un supplément d’intérêt historique à l'orgue de Plaisance. Le clavier supérieur dit «Récit» donne accès à quatre jeux dont un «Clarinette à pavillon 8’», un jeu typique du XIX° siècle, qui convient en particulier pour les soli. La grande majorité des pièces qui constituent un orgue et permettent d’amener l’air aux tuyaux, est en bois et en peaux.

La rénovation de 2007

Depuis 1980, date de la dernière restauration, les matériaux et les colles avaient vieilli, des fuites s'étaient créées, la mécanique de transmission avait pris du jeu, et certains tuyaux (en particuliers les anches) avaient perdu leur harmonisation d’origine. Tout cela rendait l’utilisation de l’instrument périlleuse pour l’organiste avec des notes qui ne jouaient plus ou restaient coincées. De plus, certains jeux étaient inutilisables. A l’usage, les modifications du pédalier apportées en 1980 se révélaient peu pratiques. Une restauration s’imposait.

L'association OrgaTouch fut créée pour soutenir ce projet et apporter son expertise. La Manufacture Languedocienne de Grandes Orgues de Lodève fut retenue. Un démontage complet de l’instrument fut effectué début janvier 2007 pour le transporter dans ses ateliers de restauration. Le démontage du sommier (pièce qui supporte les tuyaux et leur amène l’air) a mis à jour des coupures de journaux utilisées comme cales de réglage. Elles sont datées du 15 mars 1880, ce qui permet de dire qu’à cette date le montage de l’instrument était en cours, authentifiant par-là même, à peu de chose près, la date de 1879 qu’indique la plaque située au-dessus du clavier.

La « Semaine Catholique » du 18 août 1880 indique qu'il a été inauguré le dimanche 20 août 1880 à l'occasion des fêtes du village qui chaque année commémorent la Saint Barthélemy, fête patronale de Plaisance du Touch. L'inauguration solennelle aura lieu le dimanche suivant 22 août. Au pupitre, Becquié de Peyreville, maire et notaire, accompagné de son frère ; ils sont tous deux excellents organistes. 128 ans plus tard, le 16 octobre 2008, et dans le cadre prestigieux du festival Toulouse les Orgues, un concert fête le retour de l'orgue de Plaisance après son voyage à Lodève où il vient d'être entièrement restauré. Gilles Desrochers, organiste titulaire du couvent des Dominicains à Toulouse, était à la console accompagné par ses fils, Xavier à la trompette, Benoît à la flûte traversière. 

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